KRIMPADENN 2.0

Grimpeur vs Surfeur

Publié dans: BIBLIO

 Grimpeur vs  Surfeur

(à la demande du chef ) texte, illustrations et fautes d'orthographe : L. Le Coq

Récemment j'ai relu un numéro de Grimper proposant une courte interview de Jean-Pierre Banville (Grimper Juin/Juillet 2011). J'aime beaucoup le style et l'humour de Jean-Pierre Banville. J'aime beaucoup sa justesse de ton, et l'humanité qu'il nous fait partager. Et il me semble très probable qu'il partage l'avis de Mark Twain : « il faut rire de tout avant d'en pleurer » …

Bref, j'ai relu avec plaisir cette entrevue et me suis souvenu qu'à la sortie de ce numéro de Grimper un constat de JPB m'avait déjà frappé. Je me permets d'appeler JPB « JPB » parce que c'est plus rapide à écrire, et de par l'éloignement physique me séparant de JPB, je peux me permettre cette facilité indépendamment de sa sensibilité patronymique, et d'une éventuelle réaction épidermique à base de tarte aux 15 phalanges (et je pense que le gaillard à de quoi en imposer au niveau garniture)... Cependant, si la facilité d'écriture résultante est évidente, elle induit un degrés supplémentaire de concentration quant à la lecture : JPB est le JPB de la belle province, et non le JPB de la forêt enchantée, celui dont le surnom dipterien provient de ses aptitudes hors normes à la pratique de l'escalade, et non de son goût pour les capacités pestilentielles actuelles de la dite forêt.

Continuons donc.

Pour faire simple, JPB faisait le constat que dans les magazines d'escalade, les grimpeurs font « la gueule », alors que dans les magazines de surf, les surfeurs sont souriants ! Pourquoi cette différence ?Lors de ma première lecture, j'avoue que je n'avais pas réussi à trouver de réponses valables. C'est à dire de réponses pouvant être étayées par des observations et des analyses irréfutables ! La vie à fait son œuvre, et mon parcours incessant sur ce long trajet tortueux qui mène à la sagesse me permet désormais d'avancer un certain nombre de réponses. Ou, pour être plus précis, d'énoncer un faisceau de présomptions.

Etant de formation classique, mon analyse se décompose en deux parties,avant de passer à une ébauche de conclusion : 
  •  Quels sont les points communs entre grimpeurs et surfeurs ?

Le profane remarquera immédiatement que les supports de pratique sont différents. Horizontal pour l'un, vertical pour l'autre ; solide et dur pour le premier, liquide et salé pour le second. Crétacé pour l'un, crustacé pour l'autre. Cependant un certain nombre de points communs existent. En premier lieu la volonté d'appartenir à un même troupeau, pardon, une même tribu. Plusieurs éléments sont à leurs dispositions pour y parvenir , dont deux principaux : les codes vestimentaires et le vocabulaire. On peut arguer avec raison que le vocabulaire est forcément spécifique puisqu'il se réfère à une pratique spécifique. Pour les codes vestimentaires c'est tout de même différent puisqu'on entre dans l'affirmation de son appartenance à une communauté aux yeux du profane hors cadre de la pratique. Par exemple, l'utilisation des chaussures de marche d'approche Moumouth n'est pas impérative pour aller manger des biscuits chez mémé (oui ces fameux biscuits secs un peu mous, avec un drôle de goût, rangés dans la boîte en fer blanc avec l'hermine bretonne reproduite tout autours).

Autre point commun, c'est la funitude de l'activité (oui je néologisme, c'est une preuve de bravitude), même si ce n'est pas ça qu'on recherche mais l'approche fusionnelle avec la nature et les problèmes qu'elle nous propose et que nous essayons de surmonter avec esthétisme en allant puiser au fond de nous même la connaissance de notre moi-profond qui nous permet une maîtrise conjointe de nos peurs, de notre corps, de notre esprit... Si la fusion avec la nature est bien le but de la majorité des grimpeurs actuels, on peut alors se poser des questions légitimes quant à l'hygiène du grimpeur moyen (cf le paragraphe relatif au JPB)... Non merci, pas le peine de s'énerver et encore moins de jeter des pierres, je ne suis pas minéralogiste.

Par soucis d'homogénéité, je n'inclurai pas dans mon propos l'escalade en salle, comparons ce qui peut être comparé ! Le surf se pratique-t-il en piscine ? Evidement non, les maitres-nageurs imposent le maillot de bain ! En outre, étant peu enclin à l'autodérision, j'avoue un certain respect pour ces athlètes du plastique dont l'entrainement pragmatique leur ouvre les portes de la félicité falaisienne quand pâques apporte ses chocolats, où quand l'été nous baignent de sa chaleur tant attendue . Surtout sur ces falaises abandonnées que le breton et l'allemand parcourent en toute quiétude en Provence ou dans le Gard. Et je tiens à souligner que nos voisins allemands sont très sympathiques, j'en ai rencontrés beaucoup. Nous avons comparé nos coups de soleil et devisé sur ces horribles marques de Marcel stigmates de notre passion... 

surfer1
  • Pourquoi qu'on n'est pas pareil que les surfeurs ? 

C'est vrai quoi ! Nous aussi on en a un beau corps sculpté par des années de pratiques... Alors pourquoi qu'on n'est pas pareil ?

Prenons un grimpeur et un surfeur. On peut prendre leurs homologues féminins, ça marchera aussi mais moins facilement, leurs interlocuteurs étant alors plus grossiers dans le sens poli du terme ! Immergeons les dans une soirée mixte (et non il ne s'agit pas de la recette du grimpeur melba version sportive du cheval melba). Regardons ce qui se passe quand, dans une conversation avec une personne du sexe opposé, nos cobayes arrivent à dévoiler leur statut de grimpeur/surfeur (de manière fortuite il va sans dire!). Dans le cas du surfeur, la pupille de son interlocutrice se dilate, on peut noter une vasodilatation au niveau des pommettes, et la modification du timbre de la voix à l'exclamation : « Rhaa bon ?! T'es surfeur ? J'adooore regarder les surfeurs... ». L'observateur avisé et objectif notera qu'il n'y a aucune explication au pourquoi de ce regardage de surfeur , mais le même observateur objectif et pertinent n'a que faire de ce mutisme de mauvais aloi et peut expliquer cette observation, malheureusement au détriment de l'adorateur du surfeur ! Eh oui, s'il y a des surfeurs il y a des vagues, et s'il y a des vagues la baignade se solde inéluctablement par un sablage du slip, ce que l'individu de bien ne peut évidemment apprécier que très modérément, et que dire de l'amateur de string dont la ficelle sera inéluctablement brûlée par les flasques de cette poulie percheronne devenu abrasive ! Donc, en cas de vagues le baigneur se transforme en veau des plages à mater au loin du surfeur bronzé à l'abdominal tonitruant...

Prenons maintenant le cas du grimpeur. On notera chez l'interlocuteur un relevage de sourcils, un mordillage de bord de gobelet plastique, avec un questionnement légitime : « ah ouais... Ben dis donc, ça doit être dangereux ! Tu es attaché(e) à une corde pour faire ça ? » et pour les plus vieux d'entre nous la notion de varappe et la référence Edlingerienne pointeront leurs nez. Référence dont je me souviens encore l'apparition dans les carnets de l'aventure, j'avais 10 ans, ça m'avait scotché, moi qui grimpais uniquement aux arbres... Le débardeur, le bandeau, et le short de chez Prisunic, la tribalité vestimentaire en était à ses balbutiements. D'ailleurs, j'ai une explication à la motivation de la pratique du solo par Patrick : personnellement j'ai déjà assuré un grimpeur à short de chez Prisunic, et la protection rapprochée nécessaire pour les premiers mètres d'escalade m'avait permis de retenir que le baillage du short est à l'unisson du baillage du slip et honnêtement c'est moyennement esthétique et peut avoir une incidence néfaste sur l'assurage correct dans les premiers mètres, voire sur la motivation d'être assureur... Pour revenir à notre analyse, la réaction de notre interlocuteur résulte pour bonne part du fait que peu de personnes ont assisté à nos exploits verticaux ! Pour se faire, il faut aimer se taper des marches d'approches, pour ensuite rester assis à regarder ces grimpeurs valeureux, la nuque douloureuse, la narine palpitante étant donné que l'assureur persiste à enlever ses chaussons après avoir grimpé, et à se cacher dans les buissons avant d'aller grimper... Histoire de concentration probablement... Dommage, surtout que torse nu c'est pas mal un grimpeur. Bon d'accord, c'est un peu bossu avec des gros doigts... ça peut passer ça encore, enfin une fois que les doigts boudinés et pluchés ont été lavés. Le pire ? Les pieds ! Des orteils poussiéreux et déformés, avec d'énormes verrues lisses sur les jointures. Leur vue est à l'unisson de leur odeur !

Grâce à cette analyse on peut donc comprendre pourquoi le surfeur sourit : il a le beurre et l'argent du beurre ! Il s'amuse comme nous, mais sans en payer le prix ! Ben oui, même s'il transpire la pratique du surf induit un rinçage perpétuel de ces aisselles que je ne saurais voir ! Et pis, même s'ils ont des pieds tout moche, crevassés d'avoir trop trempé dans l'eau salée, l'espace inter-digital squatté par algues et bivalves, le surfeur il s'en fout ! Une fois sur le rivage, il a juste à plonger les pieds dans le sable, et le veau des plages n'y voit goutte son mufle humide pointé vers cette chevelure qui a fini par emprisonner les rayons du soleil ! Essayez de faire la même chose au pied d'une voie ! Si la mycose peut être éventuellement masquée de manière discrète, ça va être plus compliqué pour la paire de chaussons qui empeste le rat mort... Grâce à cette analyse on comprend donc mieux l'amertume du grimpeur.

Mais le fond de l'infamie n'est pas touché... Il y a plus mal loti que le grimpeur! En effet, certains grimpeurs essaient de conjurer cette malédiction en pratiquant l'escalade ET le surf. Si la stratégie semble particulièrement astucieuse elle nécessite le respect stricte de conditions d'utilisation adéquates. Et dans ce cas on ne pourra que se morfondre sur le cas de ses adeptes bretons... Car alors le surfeur partage l'amertume du grimpeur : bronzer en shorty c'est pas facile, et conjuguer vagues et soleil en bretagne c'est pas gagné non plus... Et que dire de la reconnaissance de la funitude de la pratique du surf en bretagne par le profane élevé aux images hawaïennes ? Je plains ces imbéciles pétris d'images d'Epinal, n'ayant jamais connu l'émotion d'un soleil rasant sur la côte de granit rose!

surfer brest

Mais ne désespérons pas, la patience est notre alliée. Le sourire iconique narquois du surfeur bientôt s'éteindra. Car qui c'est qui est dans la short liste (pour les allergiques à l'anglais je me suis permis cette légère francisation de bon aloi puisque chacun sait que seule une liste réduite ne fait pas bouffer de manière grotesque les poches des pantalons courts d'été, surtout ceux de chez Prisunic) du CIO ? Ils vont moins faire les malins les surfeurs ! Car même les surfeurs connaissent les retombées sonnantes et trébuchantes inhérentes à la médiatisation de cet événement planétaire. Les exemples d'un tel impact sur une discipline sportive sont multiples : ainsi les athlètes du 50km marche, stakhanovistes du macadam, ne sont-ils pas tous pétés de thunes maintenant ? Et tous ces enfants usant leurs parents à longueur de journée qui pour un autographe de Yohann Diniz, qui pour enfin pratiquer cette discipline choyée par l'olympisme et les médias? Pour l'aspect financier, le curieux pourra chercher l'origine du mot 'thune', et pourra ainsi vérifier la finesse de mon analyse...

 N'oublions jamais ces quelques mots pleins de sagesse que nous pouvons jeter à la figure du bellâtre narquois juché sur son couvercle de glacière : « Vous pouvez railler, mais n'oubliez jamais qu'un jour ou l'autre, c'est celui qui raille qui l'a dans le train. » P. Desproges

  • Quels sont les points communs entre grimpeurs et surfeurs ?

Le profane remarquera immédiatement que les supports de pratique sont différents. Horizontal pour l'un, vertical pour l'autre ; solide et dur pour le premier, liquide et salé pour le second. Crétacé pour l'un, crustacé pour l'autre. Cependant un certain nombre de points communs existent. En premier lieu la volonté d'appartenir à un même troupeau, pardon, une même tribu. Plusieurs éléments sont à leurs dispositions pour y parvenir , dont deux principaux : les codes vestimentaires et le vocabulaire. On peut arguer avec raison que le vocabulaire est forcément spécifique puisqu'il se réfère à une pratique spécifique. Pour les codes vestimentaires c'est tout de même différent puisqu'on entre dans l'affirmation de son appartenance à une communauté aux yeux du profane hors cadre de la pratique. Par exemple, l'utilisation des chaussures de marche d'approche Moumouth n'est pas impérative pour aller manger des biscuits chez mémé (oui ces fameux biscuits secs un peu mous, avec un drôle de goût, rangés dans la boîte en fer blanc avec l'hermine bretonne reproduite tout autours).

Autre point commun, c'est la funitude de l'activité (oui je néologisme, c'est une preuve de bravitude), même si ce n'est pas ça qu'on recherche mais l'approche fusionnelle avec la nature et les problèmes qu'elle nous propose et que nous essayons de surmonter avec esthétisme en allant puiser au fond de nous même la connaissance de notre moi-profond qui nous permet une maîtrise conjointe de nos peurs, de notre corps, de notre esprit... Si la fusion avec la nature est bien le but de la majorité des grimpeurs actuels, on peut alors se poser des questions légitimes quant à l'hygiène du grimpeur moyen (cf le paragraphe relatif au JPB)... Non merci, pas le peine de s'énerver et encore moins de jeter des pierres, je ne suis pas minéralogiste.

Par soucis d'homogénéité, je n'inclurai pas dans mon propos l'escalade en salle, comparons ce qui peut être comparé ! Le surf se pratique-t-il en piscine ? Evidement non, les maitres-nageurs imposent le maillot de bain ! En outre, étant peu enclin à l'autodérision, j'avoue un certain respect pour ces athlètes du plastique dont l'entrainement pragmatique leur ouvre les portes de la félicité falaisienne quand pâques apporte ses chocolats, où quand l'été nous baignent de sa chaleur tant attendue . Surtout sur ces falaises abandonnées que le breton et l'allemand parcourent en toute quiétude en Provence ou dans le Gard. Et je tiens à souligner que nos voisins allemands sont très sympathiques, j'en ai rencontrés beaucoup. Nous avons comparé nos coups de soleil et devisé sur ces horribles marques de Marcel stigmates de notre passion...

Lu 1924 fois Dernière modification le dimanche, 14 octobre 2012 18:38
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